«Asdaw»… d’une maison d’hospitalité à un lieu de repos

  1. Introduction

Au cœur du village de la Zaouïa Sidi Othmane, et en lisière de l’espace qui accueillait autrefois le plus grand souk hebdomadaire de Ouarzazate avant l’apparition de la ville moderne, se dresse un ancien bâtiment connu sous le nom d’« Asdaw », c’est-à-dire « le lieu où l’on s’adosse ».

L’histoire de ce bâtiment paraît simple au premier regard, mais elle révèle, en profondeur, des fonctions successives : d’abord maison d’hospitalité pour les marchands et les voyageurs, puis espace réservé aux femmes durant l’époque de Jamila la Turque, l’une des épouses du Glaoui, avant de devenir une bâtisse presque abandonnée après le déplacement du souk, pour finalement retrouver une présence nouvelle en tant que lieu de repos lorsque les fidèles ont commencé à s’adosser à son mur entre la prière d’al-Asr et celle d’al-Maghrib, après l’ouverture d’une porte du mausolée à l’extérieur de l’enceinte du village.

Cet article est une tentative de reconstituer l’histoire de ce bâtiment qui a façonné, pendant plus de trois siècles, une part de la mémoire de la Zaouïa et du souk du Khmiss Sidi Othmane.


  1. Situation et caractéristiques du bâtiment

Le bâtiment se situe sur une élévation notable par rapport à l’enceinte de la Zaouïa Sidi Othmane. Il possède un élément architectural particulier : sa porte se trouve à l’extérieur du mur d’enceinte, ce qui signifie que l’on y accède sans passer par l’espace interne du village.

Cette configuration ne peut s’expliquer qu’en revenant à sa fonction initiale : il s’agissait d’un lieu d’accueil pour les étrangers et les commerçants, séparé de l’intimité interne de la zaouïa mais placé sous sa protection spirituelle et coutumière.

Sur son côté oriental s’étendait une vaste esplanade où se tenait le souk du Khmiss Sidi Othmane, à une distance estimée entre 150 et 200 mètres. Cet emplacement en faisait le lieu idéal pour passer la nuit, préparer les marchandises et accueillir les caravanes venant de Marrakech, du Drâa, du Dadès et de Tazenakht.


  1. Asdaw comme maison d’hospitalité pour les marchands

Avant la naissance de la ville moderne de Ouarzazate, le souk du Khmiss Sidi Othmane constituait le plus grand marché de la région. Les caravanes y affluaient de multiples directions : Drâa, Dadès, Tazenakht, Aït Ouaouzguite, les territoires pastoraux, ainsi que les marchands venus de Marrakech.

L’on ressentit donc le besoin d’un lieu sûr pour l’hébergement et le stockage. Le bâtiment devint alors une maison d’hospitalité située à proximité du souk et sous la protection de la zaouïa, utilisée pour le repos, la préparation des marchandises et le rassemblement des gens à la veille du marché du jeudi.

Cette fonction perdura jusqu’au début du XXe siècle, avant que le souk ne soit déplacé vers le nouveau centre urbain créé par l’administration française.


  1. L’époque du Glaoui : appropriation et changement de fonctions (après 1874)

Après l’entrée du Glaoui à Ouarzazate vers 1874 et sa prise de contrôle des trois principaux centres – Tiflitout, Taourirt et Telmessa – son influence s’étendit également à ce bâtiment.

Celui-ci fut ensuite attribué à son épouse connue localement sous le nom de Lalla Jamila la Turque. Avec cette nouvelle affectation, la fonction du lieu changea entièrement : il devint un espace féminin fermé, accueillant des réunions de femmes du village et de visiteuses lors de diverses occasions. L’entretien du lieu fut confié à un serviteur appelé Ben Qassi.

Lalla Jamila la Turque

Avec le temps, les habitants associèrent le bâtiment au nom de Lalla Jamila, bien que son origine soit liée à la zaouïa et au souk.


  1. Le déclin du bâtiment après le déplacement du souk (1929 et après)

Lorsque le protectorat français s’installa à Ouarzazate entre 1927 et 1929, l’organisation territoriale fut profondément modifiée. Le souk ancien fut transféré vers le nouveau centre où furent construits le Bureau des Affaires Indigènes, les routes et les bâtiments administratifs.

Cette décision mit fin à la fonction essentielle du bâtiment : les marchands ne se rendaient plus dans l’ancien souk, les caravanes cessèrent de passer à proximité et l’activité sociale du lieu disparut progressivement. Il demeura ensuite presque abandonné, géré uniquement par le serviteur de Lalla Jamila la Turque.


  1. D’une bâtisse abandonnée à « Asdaw »

Le bâtiment demeura inactif jusqu’à une petite transformation qui lui redonna une présence symbolique : l’ouverture d’une porte du mausolée de la Zaouïa Sidi Othmane vers l’extérieur.

Dès lors, les fidèles sortant de la prière d’al-Asr prirent l’habitude de s’adosser à son mur jusqu’à peu avant la prière d’al-Maghrib. Cette pratique devint quotidienne, si bien que l’endroit fut appelé :

« Asdaw » = le lieu où l’on s’adosse.

Ainsi, le bâtiment acquit son nom actuel grâce à sa fonction sociale tardive, plutôt que par ses usages initiaux.


  1. Conclusion

Le bâtiment d’« Asdaw » (ou Tighremt n Ben Qassi, comme certains l’appellent) n’est pas une simple construction ancienne, mais un ensemble de strates historiques reflétant Ouarzazate avant la ville moderne.

Il témoigne du souk du Khmiss Sidi Othmane lorsqu’il constituait le cœur économique de la région. Il joua un rôle dans l’hébergement et la protection de l’activité commerciale, avant d’être intégré par le Glaoui à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Son rôle disparut ensuite après la réorganisation administrative du protectorat, puis il retrouva une fonction symbolique comme lieu de repos pour les fidèles.

Ce bâtiment résume ainsi trois périodes : l’époque de la Zaouïa, l’époque du Glaoui et celle de l’administration française. Aujourd’hui encore, chaque pierre semble porter une page de l’histoire de Ouarzazate en général et de celle du souk du Khmiss Sidi Othmane en particulier.

Cet article a 2 commentaires

  1. Hassan bz

    C’est une histoire qui m’intéresse beaucoup merci pour tous abeintot
    Hassan guid

  2. Hassan bz

    Bravooo

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